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En hommage à Pierre Lantus

La vie économique de 1900 à nos jours

Cette histoire de Lussas n'a pu être retracée qu'avec le précieux concours de Georges Barbe qui a mis à notre disposition tous les documents qu'il avait amassés depuis plusieurs mois.

La mère "Mode". Le petit Kim commence à s'ennuyer, il n'a plus envie de jouer seul. Il s'approche de son grand-père : "Dis papy raconte mois Lussas". Le grand-père plia son journal, prit son petit-fils sur les genoux, ouvrit son grand album photos à la première page et commença la longue histoire de son village qu'il aimait par dessus tout. Histoire qu'il connaissait bien pour avoir pendant des années accumulé nombre de documents et photos s'y rapportant. Au début du siècle l'activité économique des communes rurales était bien plus grande que maintenant. Beaucoup de commerces et de corps de métiers ont disparu. Les communications et les moyens de transport étaient rares. Les ménages s'approvisionnaient sur place.

"la Mode" et sa motocyclette sur la route d'Eyriac.  

"Mais commençons par le début, tu vois la maison que nous habitons n'a pas toujours été notre propriété. Avant, elle appartenait à la "Mode", une demoiselle qui pendant des années a marqué la vie du village. Ernestine Durand dite "La Mode" parce qu'elle tenait boutique d'articles de mode, de mercerie et surtout de chapeaux (modiste). C'est après la guerre de 14/18 qu'elle créa son petit commerce. Son premier atelier se situait dans ce qui est aujourd'hui le garage de la maison Bonnefoy. (actuellement Gecko www.lesrieux.com rubrique commerce )

En 1928, elle transféra son magasin dans notre maison actuelle. C'était une personne très dévouée qui rendait d'énormes services à tous. Elle faisait les piqûres, les pansements et donnait aussi quelques conseils médicaux. On la consultait avant d'aller voir un médecin, et tout cela gracieusement. Une fois l'an, elle organisait une présentation de chapeaux, sorte de défilé de mode; Un représentant d'une maison de Romans venait présenter sa collection. Ce jour-là, Lussas connaissait une animation inhabituelle. Toutes les dames du village étaient invitées. C'était un grand jour pour Lussas. "La Mode" a été la première femme "motorisée" du village, elle avait fait l'acquisition d'une motocyclette de marque "Mascote" pour laquelle il fallait un permis de conduire. Lors de l'examen, l'examinateur lui demanda par quels moyens elle était venue a Aubenas, "Par mes propres moyens avec ma motocyclette", "Par l'échelette", "Bien sûr", "Alors Mademoiselle vous méritez amplement votre permis". Ce ne fut pour elle qu'une simple formalité.

Malgré cela, elle était toute fière de le posséder. La "Mode" était aussi très généreuse, elle a élevé souvent des enfants de l'assistance publique de Marseille. Devenus adultes, tous ont conservé de bonnes relations avec celle qu'ils continuaient à appeler "Maman". Elle cessa ses activités en 1950 et décéda en 1959. "La Mode" figure du village, son souvenir restera fidèle longtemps : dans la mémoire de tous ceux qui l'ont connue.

Maintenant viens avec moi, nous allons visiter le village". Le grand-père prit son petit­fils par la main et quittant la maison, ils se dirigèrent vers le carrefour de l'église. Montrant le bâtiment du restaurant la "Tulipe": "tu vois ici étaient l'église et sous nos pieds, le cimetière, le carrefour n'existait pas. Pour aller à Lavilledieu, il fallait prendre un petit chemin en haut du village et pour se rendre à Darbres, on empruntait le chemin qui longe la maison Barbe.

Plan de lussas en 1815.Le cimetière situait sous le carrefour actuel.  
Plan de lussas en 1935. 
Le centre du village  tel qu'il est actuellement.  

Ce n'est qu'en 1870 que l'église a été construite sur son emplacement actuel avec également transfert du cimetière. Quant à la place couverte que tu vois derrière l'église, son histoire est légendaire et elle mérite d'être contée" (d'après le livre de L. Favier "Notice sur Lussas").  

La place couverte

En 1870, un conseil municipal de tendance républicaine est élu à une forte majorité contre une liste bonapartiste très impopulaire. En 1871, le conseil cherche un terrain pour y construire l'école publique. Il le trouve  emplacement de la cure mais question de prix, l'affaire ne se conclut pas. C'est la congrégation Saint-Joseph de Vesseaux qui emporte l'affaire pour y construire une école religieuse. La construction du bâtiment fut confiée à un entrepreneur de Vesseaux, alors que le maire de Lussas, M. Jean, également entrepreneur de maçonnerie, était aussi candidat. De dépit, celui-ci fit élever un mur de cinq mètres de haut masquant la façade du futur bâtiment. Intervention auprès du préfet et ordonnance qui destitua le maire de ses fonctions pour abus de pouvoir et obligation de démolir le mur. Mais l'affaire n'en resta pas là. M. Dupré, le maire qui succéda à M. Jean, demanda l'autorisation de construire une place couverte avec le mur comme côté fermé. Le projet est évidemment refusé et même celui de remplacer le mur par des piliers. Le mur doit être impérativement abattu. Il le sera par une équipe de Villeneuve-de-Berg, aucun Lussassois ne s'étant porté volontaire. C'est dans cette atmosphère tendue que les Lussassois prirent une décision héroïque : reconstruire le mur. Ils le firent dans la nuit du 27 au 28 septembre 1975 et au milieu de la journée du 28, le mur était à nouveau là. Enquête judiciaire, interpellations, condamnations, légères toutefois et nouvelle obligation d'abattre le mur. Mais l'acharnement des habitants de la commune et la persévérance de M. Roûstain, conseiller général, triomphèrent et le préfet accorda l'autorisation de la construction d'une place couverte avec piliers. Le jour de l'inauguration, le ruban symbolique était remplacé par une banderole sur laquelle était inscrit "L'union fait la force".  

 La place couverte en 1937 EN: 2003

 

On verra, plus loin, au moment du remembrement, que l'esprit frondeur des Lussassois est toujours présent. (à suivre).

 

Le haut du village, centre commercial:          

Quittant la place couverte, les deux promeneurs se dirigèrent vers la petite ruelle d'en face. "Ici, dit le grand-père, il y a plus de cent ans, et jusqu'après la guerre de 14-18 se concentrait une grande partie de l'économie du village. La placette en bout de la ruelle pouvait être considérée comme un petit centre commercial de la commune". En face de la place couverte dans la maison Espic, Rosalie la mère de Lucien avait ouvert au début du siècle une mercerie, à côté Casimir Crozier, à la même époque, exploitait un salon de coiffure pour hommes, jumelé avec une cordonnerie.  

A l'angle de la ruelle et de la grand rue, dans la maison Méallares, Cyprien, le grand-père de Georges et Marcel Barbe, tenait une épicerie. Dans le local qui fut, ces dernières années, l'épicerie de Dédée Chambon, Diogène Mazoyer exerçait le métier de tailleur pour hommes, il cessa ses activités en 1927. En face, dans un tout petit-local, Jean Gente avait installé son atelier de cordonnerie au milieu du siècle. Un peu plus loin, la célèbre boulangerie Chambon qui, depuis 1906 et jusqu'en 1981, de père en fils, fournissait en pain les villageois.

A gauche boulangerie Chambon à droite le magasin d'Ernestine Couturier La maison de Cyprien méallarès

 

Sur la placette, Ernestine Couturier tenait un commerce polyvalent épicerie quincaillerie vaisselle mercerie et également dépôt de presse jusqu'en 1971. Son fils Ernest, pendant longtemps, livrait les quotidiens à domicile jusqu'à Rieux et Eyriac.

 

Ernest Couturier

Le grand-père et son petit-fils firent le tour par la ruelle qui débouche sur la route de Mirabel. Ils passèrent devant la maison Pochet où, au début du siècle, Ludovic Mouton avait installé un atelier de menuiserie. Remontant la route des Barbiers, ils s'arrêtèrent pour souffler un peu devant la maison de Tolteco. Dans cette maison qui possédait la plus grande salle du village, la famille Gente avait monté une petite filature de dévidage de cocons qui employait plusieurs ouvriers. Elle ferma en 1886 pour ouvrir un café restaurant pour noces et banquets. La famille Gente faisait également commerce de peaux (chevreaux, lapins, moutons.,.). Toutes ces activités cessèrent après la guerre 39-45. Continuant sur la route des Barbiers, au Joncas, le grand-père expliqua au petit Kim qu'il y avait là une entreprise de battage pour extraire les graines fourragères, luzerne, trèfles. En 1920, une tempête détruisit local et matériel. René, le fils d'Urbain Vincent, prit la suite en créant une scierie dont l'activité cessa en 1939.

Le petit Kim, assoiffé, manifesta le désir de se désaltérer. Ils entrèrent chez Charly. Pendant que Kim buvait son sirop, sous les signes approbateurs de Charly, le grand-père expliqua que Charles Guilhon, le grand-père de Charly, avait fait l'acquisition d'un véhicule "Ford" avec lequel il assurait un service voyageurs les jours de foire sur Montélimar et Aubenas.

Devant l'église le véhicule Depuis 1992 Jean -Luc Audibert a pris la relève

 Outre le café, il avait aussi tenu commerce de chaux et ciments entre les deux guerres. Requinqué, Kim suivit son grand­pèré,à l'extérieur. Le carrefour où ils se trouvaient n'existait pas. Le percement des routes de Darbres et Lavilledieu en déplaçant le centre du village lui donna un nouvel essor. Un tailleur et coiffeur pour hommes, M, Logut s'installa route de Darbres, ainsi qu'un charron Antoine Reynaud, associé à Roger Espic, Joseph Guerin ouvrit une boucherie à l'angle de la rue principale et de la route de Darbres. "La mode" ouvrit son atelier dans ce qui est l'actuel garage Bonnefoy, (GEKO wwwlesrieux.com)qui fut repris par Nancy Sârtre, pour y créer un commerce de fruits et légumes qu'elle allait chercher au marché d'Avignon. Auguste Couturier avec une cariole assurait son transport jusqu'à la gare : aller et retour.

le café Eschalier et la calèche faisant le transport Lussas-gare Villeneuue.

www.la-tulipe.info

 En face à l'actuel café-restaurant la "Tulipe", la famille Eschalier ouvrit un café au début du siècle. C'était aussi un commerce de vaisselle, alimentation et charbon, toutes ces activités annexes cessèrent après la première guerre et seule l'activité café-restaurant a perduré.

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